Le transport des bagnards

« Jusqu’aux jours sombres mais enthousiastes, d’août 1914 l’on pouvait voir, neuf mois sur douze, amarré à quatre amarres dans le bassin de Saint-Nazaire, un grand navire à vapeur arborant, sur sa cheminée, l’emblème tricolore de la Compagnie Nantaise de Navigation à Vapeur, et montrant sur sa coque, peinte en gris clair, deux lignes ininterrompues de hublots à l’avant et à l’arrière, annonçant clairement la vocation particulière de ce bâtiment : le transport de passagers.
Toutefois, ce navire n’effectuait que deux voyages de quarante-cinq jours chacun par an, à l’issue desquels, il revenait, bien sagement, s’amarrer à nouveau à son même poste, au quai des Frégates.
Ce beau navire avait nom : La Loire, était affrété à l’année par le ministère des Colonies, car il servait, en effet, exclusivement à un transport de passagers d’un genre un peu spécial : celui des condamnés aux travaux forcés et des relégués qu’il conduisait deux fois l’an : en janvier et en juillet, en Guyane. »

Source : Commandant Aubin, En bourlinguant sur les sept océans, éditions france-empire, 1968, page 232, chapitre Aux portes de l’enfer, (L’auteur a accompli à bord le voyage de juillet 1913 et celui de janvier 1914, comme lieutenant).

La Loire dans le port de St Nazaire

La « Nantaise », comme on l’appelait, s’était déjà trouvée en relations avec le Ministère des Colonies qui, en 1884 lui avait confié le rapatriement vers les Etablissements français de l’Inde, d’ émigrants indiens disséminés aux Antilles, à la Guyane et au Vénézuéla. Avec le vapeur Nantes-Le Havre, cargo, lancé en 1883, par les Ateliers et Chantiers de la Loire qui quitte notamment Saint-Nazaire le 25 février 1888 ; fait escale à Bordeaux pour prendre des captifs annamites venant des prisons de l’île d’Aix et touchant le Gabon le 13 mars 1888, il en débarque une partie avant de continuer vers la Nouvelle-Calédonie.

Mais également avec un autre cargo mixte, lancé le 17 octobre 1883 sous le nom de NANTES HAMBOURG par les chantiers Kish Boolds à Sunderland pour La Compagnie Nantaise de Navigation à Vapeur et qui sera rebaptisé VILLE DE SAINT-NAZAIRE en 1884. Il est vendu en 1905 et devient l’ HERLEVE . Ci-dessous la représentation d’un des voyages du bateau en 1886.

En 1891, la CNNV est assez sûre de son marché ministériel pour se doter d’un nouveau navire. Acheté à crédit (pour 32 000 livres, payables sur deux ans), le Vedra, rebaptisé Calédonie, est confié aux Ateliers et Chantiers de Nantes pour amélioration et transformation des installations intérieures ; les exigences des commissaires du gouvernement en feront monter le prix final de 80 000 à 167 000 francs. Calédonie, dont toutes les traversées ne sont pas connues, a transporté de 1890 à 1901 un minimum de 4 328 personnes, prises à l’île d’Aix, à Alger et à Obok. Son affrètement sera prorogé jusqu’au 2 juin 1902, date de son désarmement à Saint-Nazaire.

La CNNV a toutes raisons de penser continuer : dès le 3 octobre 1899, elle commande aux Chantiers de Normandie le navire « La Loire » qui lui est livré le 2 novembre 1902. Le navire fréquentera la Nouvelle-Calédonie jusqu’en 1914 et en 1915 il sera réquisitionné par la Marine. Il sera torpillé le 31 mars 1918.

Le « Martinière » lui succédera entre 1921 et 1931.

Construit en 1911 sur les chantiers W. Gray and Co. à Hartle Pool en Angleterre, il est lancé en 1912 sous le nom de « Armanistan ». Il passe en 1913 sous le pavillon germanique sous le nom de « Duala » qui était la capitale du Cameroun alors possession allemande. En 1919, une partie de la flotte allemande est remise aux alliés au titre des réparations de guerre et le « Duala » est attribué à la France. Il est alors cédé par le ministre des Colonies à la Compagnie Nantaise de Navigation à Vapeur. Il est transformé en prison flottante à l’arsenal de Lorient en remplacement de « La Loire » qui avait assuré le transport des forçats sur Cayenne de 1902 à 1914.

Le 17 juin 1938 un décret-loi signé du Président de la République Albert Lebrun a mis fin à la peine des travaux forcés en Guyane. Mais ce n’est que 8 ans plus tard, en 1946, que le bagne sera définitivement fermé et que commencera le rapatriement des libérés et des condamnés en cours de peine, ce qui a été possible grâce au concours aussi précieux qu’efficace apporté par l’Armée du Salut (sources diverses recueillies par Philippe Poisson)

En savoir plus sur…. le transport des forçats sur le « Martinière »

Autres textes et témoignages disponibles sur ces expéditions :

texte 1texte 2texte 3